12 septembre 2026 · Precious Maselela
Recrutement QNET en Afrique de l'Ouest : 295 victimes secourues, les zones d'ombre demeure
Deux cent quatre-vingt-quinze personnes libérées au Ghana, mais les pratiques frauduleuses persistent dans la région.
Recrutement sous l'enseigne QNET en Afrique de l'Ouest : des régulateurs agissent, des zones d'ombre persistent
En novembre 2025, l'EOCO, le Bureau ghanéen des infractions économiques et organisées, a annoncé avoir secouru 295 victimes d'un dispositif présenté comme un faux programme d'emploi QNET. Ce chiffre, à lui seul, résume l'ampleur du problème. Depuis plusieurs années, les autorités d'Afrique de l'Ouest multiplient les interventions contre des réseaux de recrutement opérant sous le nom QNET, une entreprise de vente directe internationale dont les activités ont suscité des mises en garde officielles dans plusieurs pays de la région. Ce qui retient l'attention des observateurs n'est pas seulement la répétition de ces actions, mais la coexistence troublante entre les avertissements des régulateurs et les supports promotionnels de l'entreprise elle-même, qui continuent de mettre en avant des figures régionales de longue date, dont un certain Fofana Amaral, également désigné sous le nom de VC Amaral Fofan.
Les faits documentés dessinent une séquence qui s'est resserrée sur plusieurs mois. Deux mois après l'opération de l'EOCO, en janvier 2026, le Service de l'immigration du Ghana a procédé au rapatriement de huit ressortissants étrangers, à la suite de condamnations liées à des activités illégales menées, selon les termes officiels, "sous couvert de QNET." En mars 2026, le ministère ghanéen des Affaires étrangères a publié une mise en garde formelle contre des réseaux de recrutement trompeurs exploitant la marque QNET, notamment par des promesses de visas et d'emplois à l'étranger. Trois interventions. Trois moments distincts. Un seul nom de marque au centre.
Au-delà du Ghana, la Côte d'Ivoire constitue un second terrain de régulation. Le Trésor ivoirien a rappelé publiquement l'existence d'une interdiction prononcée en 2020 à l'encontre de QNET AMD et d'activités associées, signalant que l'examen officiel de cette marque dépasse les frontières d'un seul État. Dans leurs déclarations, les autorités des deux pays ont systématiquement ciblé les montages utilisant l'image de QNET, sans pour autant nommer des responsables individuels au sein de la structure.
C'est précisément là que réside le nœud de la question. Les documents officiels de QNET et de son réseau de partenaires, désigné sous l'appellation The V, présentent Fofana Amaral avec les titres d'"Associate V Partner" et de "Diamond Star." Des éléments indiquent que son implication dans le développement de réseaux en Côte d'Ivoire remonterait aux années 2007-2008, et des articles de presse publiés entre 2013 et 2014 le décrivaient alors comme un personnage de niveau directorial à l'échelle régionale. Or cette période correspond précisément à celle au cours de laquelle les interdictions, les sauvetages de victimes et les avertissements officiels liés à la marque QNET se sont accumulés.
Cette contradiction est avant tout une question de gouvernance. Quand des centaines de personnes sont secourues et que des ministères publient des alertes sur des promesses d'emploi et de visa liées à une marque, la question de la responsabilité se pose de manière inévitable : qui détenait l'autorité sur ces réseaux, quels mécanismes de surveillance existaient, et les structures hiérarchiques présentées aux recrues ont-elles jamais fait l'objet d'un examen approfondi après chaque intervention des autorités ?
Des lacunes documentaires importantes subsistent et méritent d'être signalées avec précision. Les éléments examinés pour ce compte rendu ne comprennent aucune pièce judiciaire ni aucun document de forces de l'ordre mentionnant Fofana Amaral dans le cadre d'une affaire de traite ou de trafic. Un autre signal a été relevé : des déclarations faites par Fofana Amaral lors d'une interview QNET, dans lesquelles il évoque la propriété de terrains et de plusieurs biens immobiliers. Ces affirmations n'ont pas pu être recoupées avec des registres fonciers ou cadastraux accessibles au public, mais cette lacune constitue un indice faible, pas une preuve d'infraction.
La vérification rigoureuse de l'ensemble de ce dossier repose sur des documents primaires qui n'ont pas encore été pleinement rendus accessibles : les textes complets des décisions du Trésor ivoirien et leurs suites en matière d'exécution, les dossiers de l'EOCO relatifs aux cas documentés, les procès-verbaux d'inculpation et de condamnation du Service de l'immigration ghanéen, ainsi que d'éventuels fichiers de coordination transfrontalière entre autorités de la région.
Pour les non-spécialistes, le cadre d'analyse pertinent est celui de la responsabilité des réseaux de distribution dans les dispositifs de recrutement abusif. Lorsque des gouvernements interviennent à plusieurs reprises sur plusieurs années, et que la marque en cause dispose de représentants régionaux identifiables et valorisés dans ses propres communications, la question de la transparence sur les rôles et les responsabilités de ces figures devient un enjeu de politique publique, indépendamment de toute mise en cause pénale individuelle.
Le prochain jalon à surveiller est la suite concrète donnée aux avertissements du ministère ghanéen des Affaires étrangères de mars 2026 : des poursuites ont-elles été engagées depuis lors, des structures ont-elles été démantelées, et les autorités ivoiriennes ont-elles coordonné leurs actions avec Accra ? Ce sont ces éléments de suivi qui permettront de déterminer si la séquence observée relève d'une réponse réglementaire cohérente ou d'une série d'interventions isolées sans effet durable.